DEUX GROS ORTEILS COUPÉS EN PROCÈS

Quatre cadres de la société « Caféterias Casino » comparaissaient hier devant le tribunal correctionnel de Marseille assignés par un salarié et le syndicat CFDT 13 « commerce et service » à la suite d’un accident du travail en octobre 2003 à La Valentine.

La CFDT accuse la société et deux cadres de mise en danger d’autrui et d’infraction aux règles de sécurité qu’elle n’avait eu de cesse de leur rappeler depuis 1997.

Finissant son service ce soir du 23 octobre 2003, Gaëlle Rouze, salariée polyvalente de 22 ans, était gravement estropiée en cuisine par la chute d’une plaque en fonte servant à la découpe du jambon. Glissant au sol, son collègue avait perdu l’équilibre et laissé retomber la plaque de 15 kilos sur les pieds de Gaëlle.

Non équipée de chaussures de sécurité, elle était gravement entaillée aux deux gros orteils. Plus d’un an d’ITT pour cette jeune étudiante.

« 29 euros la paire à rapporter aux bénéfices »

« En fait, vous avez fait le nécessaire après l’accident… » constate au vu des pièces le président Vincent Turbeaux qui scrute une commande postérieure de chaussures de sécurité par le directeur de la Valentine. Revenant un mois et demi plus tard, l’inspection du travail notait que tout le personnel n’était pas encore équipé.

« 29 euros la paire qui sont à rapporter aux bénéfices du groupe » philosophe le magistrat. En 2005, dans sa revue interne, le groupe « Cafétarias Casino » indiquait que 90% des personnels étaient équipés en chaussures de sécurité, ce qui aurait permis une réduction de 17% des accidents du travail.

Par la voix de Me Monique Touitou, la CFDT a dénoncé « une politique générale de la société », l’ « inertie fautive de ses dirigeants » pour lesquels « les considérations économiques ont primé sur la défense physique des personnels. » Et de citer le cas à Salon, d’une autre salariée toujours pas équipée et qui « a glissé dans le bain-marie ».

Constatant les « rappels, mises en garde, relances, promesses, commandes », le vice-procureur Blachon se rendait à l’évidence que « la direction était en mesure de connaître le danger à ne pas doter les personnels de ces chaussures qui sont une nécessité admise aujourd’hui même par le groupe. » Il requérait 10.000 euros d’amende contre la société pour blessures involontaires et 3.000 euros contre le directeur à l’époque de la cafétaria de La Valentine.

En défense, Me Aguera a torpillé une « procédure tardive brinquebalante et manichéenne ». La prescription des faits et leur non-imputabilité pénale doivent suffire selon lui à justifier une relaxe. Sur le fond, il a qualifié l’accident d’« éminemment regrettable » et dû à des « circonstances ponctuelles ».

Le syndicat sollicite 15.000 euros pour atteinte à l’intérêt collectif de la profession. La salariée réserve ses droits dans l’attente d’une décision du tribunal des affaires de sécurité sociale. Délibéré le 29 octobre.

DAVID COQUILLE