lundi 25 octobre 2004
Un risque vital pour l'entreprise
Par LEMAITRE Sécurité, lundi 25 octobre 2004 à 15:15 :: ECONOMIE
« Un risque vital pour l'entreprise »
Victime, comme d'autres industriels, de la contrefaçon, le patron de
Lemaître Sécurité se bat pour ses produits.
CHOC ÉMOTIONNEL - Jean-Michel Heckel, patron de l'entreprise familiale
spécialisée dans les chaussures de sécurité, à La Walck, en est encore tout
retourné. Après son voyage en Chine en juillet dernier, où il a rendu visite à
neuf industriels de la chaussure, il dit « avoir ressenti le choc émotionnel de sa
vie ». Volontiers démonstratif, le chef d'entreprise est certainement sincère
lorsqu'il rapporte cette impression : « Un ami m'avait dit, avant le départ, que
lorsque je quitterai la Chine, je serai au bord de la crise de nerfs. Il avait
raison. J'ai été soufflé par l'énergie que mettent les gens à travailler dans ce
pays ».
Pour le fabricant de chaussures, la contrefaçon dans ce pays et la qualité de
sa production sont telles qu'il envisage tout bonnement un accord de soustraitance
: « Dans la dernière fabrique que j'ai visitée, la production est
entièrement automatisée. J'ai constaté l'énorme potentiel industriel des
Chinois dans notre métier. Et les gens n'ont aucune honte à copier. Il n'y a plus de limite. »
Procès gagnés,
bataille perdue
TRÈS CHERS CONSEILS - Lemaître Sécurité n'est pas une entreprise débutante en matière de protection industrielle et de marque. Elle a toujours su s'entourer des conseils
nécessaires : « En neuf ans, j'ai dépensé plus de 316 000 euros en conseil en propriété industrielle. Leur travail est très bien fait, celui des avocats aussi, mais les autorités
traînent les pieds. Nous avons gagné beaucoup de procès mais nous perdons la bataille économique. »
Lemaître Sécurité, qui réalise 22 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 120 personnes, a donc décidé de mener la bataille anti-contrefaçon très en amont. La
société n'hésite plus à poser le problème dans son catalogue et l'évoque longuement dans le manuel qualité destiné au personnel : « Il convient de dire que la contrefaçon
va encore se développer puisque les risques encourus par les contrefacteurs sont infimes en regard des punitions infligées... », écrit le PDG à l'attention de ses
collaborateurs.
LA JUSTICE EST SI LENTE - Et de comparer les 600 000 francs d'amendes infligées à un contrefacteur dans un contentieux à la perte de marge supérieure au million subie
par l'entreprise en raison de cette copie ! Jean-Michel Heckel se souvient également d'une affaire qui l'a opposé à un contrefacteur italien : « Nous avons gagné... mais il est
devenu entre temps leader mondial ! » L'industriel juge ainsi que la politique de protection de l'innovation ne préserve plus vraiment l'emploi en France.
Modèle vedette
L'une des dernières créations de Lemaître, la gamme Sporty, allie les qualité traditionnelles de sécurité à une ligne sport qui plaît beaucoup. Un an après son lancement,
elle représente déjà 16% des ventes, avec une très rapide montée en puissance auprès des distributeurs. Le modèle sera d'ailleurs en vedette au prochain salon Expo
Protection début novembre à Paris-Villepinte.
Le succès de ce produit dope le chiffre d'affaires, en hausse de 7% à fin septembre. « Si notre gamme Sporty devait être contrefaite, je ne donne pas cher de notre peau »,
dit l'industriel, lucide, mais non résigné. A ses yeux, la protection des droits liés à l'innovation, à la marque et au modèle conditionne la survie de l'entreprise. Et il dénonce
avec virulence la lenteur de la justice en la matière.
© Dernières Nouvelles d'Alsace - Lun 25 oct. 2004


